Brigitte AUBER (ceinture marron), Paris, 1956
Honor BLACKMAN ("james Bond girl") Dans les années qui précèdent la Seconde Guerre Mondiale, on rencontre ça et là quelques femmes qui s’adonnent à la pratique du judo, mais vraiment très peu. En France, par exemple, quelques jeunes femmes sont recensées dans le 1er club de judo français, le Jiu-jitsu club de France, créé par KAWAISHI, lui-même issu du Budokwai. Il s’agissait semble-t-il d’étudiantes proches du savant atomiste F JOLIOT-CURIE. Un reportage pour les actualités cinématographiques fut d’ailleurs effectué à l’occasion de la visite de l’Ambassadeur du Japon SHIGIMURA. En Allemagne et en Italie, alors dictatures fascistes, il n’était pas question d’encourager la pratique féminine du judo, les femmes étant alors vouées à la maternité : les dictatures ont toujours mené des politiques natalistes volontaristes. Pourtant, selon certaines sources, on trouve la trace d’une trentaine de femmes judokas allemandes. En outre, en Autriche, une certaine Gerda FROST semble avoir été autorisée à enseigner le judo dans l’entre-deux guerres.
Entraînement des soeurs du PLAT à l'Anglo Japanese Judo Club Strathmore Gardens, Londres, 1936
Entraînement de Judo quelque part en Allemagne sous l'ère nazie
C’est en Grande-Bretagne et aux USA que le plus grand nombre de femmes judoka sera observé. A Londres, selon Joseph SVINTH, une poignée de femmes, dont Dame Enid RUSSEL-SMITH, pratiquent le judo au Budokwaï. Cette dernière se verra attribuer la ceinture noire avant la guerre. Dans certaines grandes métropoles des USA, le judo féminin paraît beaucoup plus répandu. Dans tous les cas, il s’agit de femmes adultes, jamais d’enfants. Les cours sont le plus souvent strictement féminins. Les élèves portent (enfin !) le judogi comme les hommes. Mais quoi qu’il en soit, le judo féminin reste une curiosité. L’accent est mis sur la beauté des mouvements, leur esthétique, la pratique des katas. Il ne faut pas opposer de résistance lors d’une projection. Le judo ne doit en effet pas blesser les pratiquantes. Le judo féminin s’apparente plutôt à un ballet qu’à un sport de combat.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, la pratique du judo féminin va s’intensifier pour d’évidentes raisons militaires. Aux USA, en particulier, les personnels féminins engagés (WACs, WAVES), reçoivent souvent une initiation au judo destinée à améliorer leur condition physique et à les endurcir. En France, sous le régime fasciste de Vichy, des auxiliaires féminins de police reçoivent une formation à la self-défense inspirée du judo.
Hervé LE MARECHAL
à suivre....
11 – L’APPARITION DU JUDO FEMININ EN OCCIDENT
Il n’était pas évident que des femmes s’adonnent à un sport de combat, genre d’activité plutôt réservée aux hommes. A la fin du XIXème siècle, le jujitsu connut un véritable engouement en Occident, en particulier dans certains pays anglo-saxons. Les premiers clubs de jujitsu s’ouvrent à Londres (le fameux Budokwaï) et aux USA, en raison des relations entretenues par ces deux pays avec le Japon. Le succès rapide du jujitsu paraît s’expliquer par les récits de journalistes à l’occasion de la récente guerre russo-japonaise (1904-1905) où des soldats japonais n’hésitaient pas à affronter victorieusement au corps à corps leurs adversaires russes. La perspective de vaincre un adversaire à l’aide de techniques secrètes à l’efficacité foudroyante ne peut que séduire les messieurs de la bonne société londonienne et américaine en mal de divertissement. On trouve le même engouement en France pour le jujitsu, essentiellement pour des raisons militaires, semble-t-il.
Mais, si à Paris, le jujitsu reste une activité uniquement masculine, il n’en va pas de même de l’autre côté de la Manche. La société anglo-saxonne, plus tolérante aux comportements individuels que la société latine, s’est accommodée sans difficulté de la pratique de sports de combat par des femmes. Deux catégories de femmes s’adonnent alors au jujitsu :
- des femmes de la bonne société (upper class) pour qui le jujitsu est un divertissement, un moyen de se singulariser, de faire parler de soi, une activité à laquelle on peut s’adonner par snobisme, un passe-temps ;
Judo mixte au Budokwaï
Mais les contraintes sociales pèsent encore lourd : les femmes pratiquent le jujitsu en tenue de ville allégée. Pas question pour elles de revêtir le judogi.
Le tout premier livre de self défense féminine en français (1906)
Il semble que le jujitsu, discipline particulièrement exigeante, soit assez rapidement tombé en désuétude en Occident. La mode était passée. Lentement mais sûrement, le judo, apparu à la fin du 19ème siècle, allait le supplanter définitivement. Hervé LEMARECHAL
A suivre...