Judo - Debard André

Vendredi 30 décembre 2005 5 30 /12 /2005 09:08
  Le 30 décembre 2005.    
        Cité comme une référence par tous les judokas de La Rochelle, jusque dans les années 1970, Monsieur André Debard est arrivé de Paris  et a fondé le Jiu Jitsu Club de La Rochelle en juillet 1948.

      Considéré comme le pionnier du Judo en Charente Maritime, il a eu un rayonnement sur toute la Ligue Poitou Charentes et une partie du Sud Ouest.

       Et pourtant, en décembre 2005, force est de constater que son souvenir est en passe de s'éteindre. D'où la nécessité de faire quelque chose sans plus attendre ! 

       Des archives ont brûlé, d'autres ont disparu, et les judokas de ce début du 21ème siècle ignorent jusqu'à son nom.

       La dernière fois qu'il est monté sur les tatamis, c'était le 12 mars 1993, à Rochefort. Ce jour-là, le Département judo, lui remettait le Trophée Shin.

       Il est décédé en décembre 1999. Seuls,  quelques uns de ses élèves encore survivants peuvent aujourd'hui évoquer sa mémoire.  Il est donc impératif de les interroger dès à présent pour raviver le souvenir de ce grand Maître du Judo qu'a été André DEBARD et qui a voué la plus grande partie de sa vie à cet art martial.  Il était entré en Judo comme on entre en religion.

Pour retracer la vie d'André DEBARD,
- Son fils : Frank DEBARD - 
- Un de ses anciens élèves : Claude BOUCHET - 
- Un des premiers judokas du Sud du Département : Guy FAVRE -
- Un de ses éléves de la deuxième génération : Jean Claude GERON -
- Le fils d'un grand judoka ami de M Debard :  Claude LEVANNIER -
- Ainsi que moi-même,
font appel à tous ceux qui l'ont connu ou détiennent des documents sur le Judo en Charentes Poitou durant ces années 1948 - 1970,  sur lesquels le  nom de M. Debard  serait cité.

       Rejoignez-nous, questionnez autour de vous,  apportez nous vos témoignages.

Hajime !
      
        Jean Michel Oudine
      
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Vendredi 30 décembre 2005 5 30 /12 /2005 15:32
Le 31 décembre 2005

2- La jeunesse d'André DEBARD

D'après le témoignage de son fils Frank


       De père Auvergnat, de mère grecque (née à Constantinople),  André DEBARD vient au monde en 1924 à Paris. Il passe une partie de sa jeunesse dans le quartier Latin, où il habite dans la maison familiale au 53 rue de Seine.

      Il suit sa scolarité dans la capitale, puis entre à l'Ecole Supérieure des Arts Appliqués.

       Il commence le Judo au Jiu jitsu Club de France le 19 décembre 1939. C'est le club où Maître Kawaishi est Directeur Technique. Il  y obtient ses premières ceintures.

       En 1943, avec l'arrivée de l'armée allemande à Paris, le papa d'André l'envoie dans le Cantal, plus calme pense-t'il!. André Debard a 19 ans. Il passe là-bas plusieurs mois en compagnie d'une cinquantaine de maquisards. Très vite pourchassés par les allemands,  ils fuient dans la montagne. Affamés, fatigués, les groupes qui redescendent dans les villages sont  faits prisonniers, souvent fusillés. Plusieurs mois passent, l'effectif du groupe diminue. Avides de nourritures,  épuisés, transis, les cinq derniers maquisards, descendent sur Aurillac pour se réchauffer,  retrouver des forces.  Ils se font prendre. André est parmi eux.  Celui qui porte des chaussures américaines est fusillé sur le champ.  Debard André sauve sa tête in extremis face au Chef de la milice qui l'interroge. C'est à sa spontanéité et à son langage direct  qu'il doit ce miracle d'être  laissé libre, mais aussi au fait que ce jour là, ce n'était pas l'armée allemande qui était là.

       De retour à Paris, il s' inscrit à l'Ecole des Arts Appliqués, reprend le judo, passe sa ceinture noire 1° dan en 1944, puis le deuxième dan en 1947.

       Il cherche ensuite en endroit où il puisse enseigner le Judo. Il écrit dans plusieurs villes de France. Une réponse favorable lui parvient de La Rochelle. Il y créait le Jiu jitsu Club, qui deviendra ensuite  le Judo Club de La Rochelle.
       Il mène dans cette ville une action passionnée et variée afin de promouvoir le Judo.  Dans son enseignement, il se réfère au Maître Kawaishi pour lequel il a une grande admiration. Il lui manifeste sans cesse courtoisie et respect. Il participe avec lui à des stages (Biarritz), et le fera venir à La Rochelle. Il contribuera aussi à la diffusion du livre de Kawaishi : "Ma méthode de Judo".
       En 1951 une rencontre va boulverser sa vie. Elle aura une incidence sur sa pratique et sa conception du Judo. ce sera la rencontre avec Ishiro ABE.
        (A suivre...)
       JMO

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Samedi 31 décembre 2005 6 31 /12 /2005 15:46
Dimanche 1° janvier 2006

3- Témoignage de M. LECHEVREL

        M Jean Claude GERON, qui s'est joint à notre groupe, est un des Ex Président du Judo Club de Thouars. Il a bien voulu nous transmettre un document dans lequel son Professeur,  M. LECHEVREL, parlait de ses débuts en judo. Et Il se trouve que ce dernier a commencé le Judo à La Rochelle, en 1948, avec l'homme dont nous cherchons à reconstituer l'histoire, M DEBARD André.

Et M. LECHEVREL nous dit :

        "...J'ai commencé le judo le 1er août 1948, à La Rochelle. Mon premier professeur a été M. DEBARD, un homme remarquable et un excellent technicien. Il était l'une des 25 premières ceintures noires Kawaishi de France. C'était un homme de petite taille (1.65m et 55 kg), un pédagogue formidable qui projetait des adversaires beaucoup plus lourds que lui avec une aisance fascinante. J'ai immédiatement éprouvé une grande admiration pour lui... "

Puis il nous indique les conditions dans lesquelles il allait à l'entraînement :

        "... Nous habitions Rochefort, et je me rendais à La Rochelle deux fois par semaine. Je partais à 17 heures, le cours commençait à 18 heures, et mon train repartait à 19 heures! Je rentrais de la salle en courant, mais il m'arrivait de râter mon train, et dans ce cas-là, je n'arrivais à la maison qu'à trois heures du matin. Je dois dire aussi que le coût de l'entraînement représentait alors plus du dixième de mon salaire, et ce n'est que grâce à la compréhension et à la confiance de ma femme que j'ai pu poursuivre..."

Enfin il nous parle des clubs qu'il a créés :

        " ... En 1948, sous la direction technique de M DEBARD, j'ai monté le club de Rochefort où j'ai assuré les cours jusqu'à mon départ pour le Judo Club de Bressuire en 1951.
Entre temps j'avais aussi monté un club à Surgères et un autre à Tonnay-Charente..."

        Si vous avez en votre possession d'autres documents ou témoignages concernant André DEBARD, ne manquez pas de nous les faire parvenir.

JM OUDINE
5 Grande rue de La Motte
17138 PUILBOREAU
Courriel: jean-michel.oudine@wanadoo.fr

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Dimanche 1 janvier 2006 7 01 /01 /2006 18:32
Lundi 2 janvier 2006

4- M. DEBARD et Maître KAWAISHI
 

Parmi les documents retrouvés chez M. DEBARD, ceux qu’il a écrits pour préparer la venue à La Rochelle de Maître KAWAISHI et de AWAZU en 1951, sont révélateurs de l’état d’esprit des élèves de l’époque à l’égard de leur Maître. Voici un extrait d’un texte écrit par André DEBARD.

 

«  Mikonosuke KAWAISHI Shi Han, CN 7°, professeur à l’Université de Tokyo, arriva en France en 1935. Le Judo y était encore totalement inconnu. Il monta un petit Dojo dans le quartier Latin à Paris et eut au départ quelques adeptes.

Aujourd’hui, en 1951,  100 000 pratiquants, 200 ceintures noires formées par lui, dont quelques unes en province. Cours pour ceintures noires dirigées par lui, à Paris.

La « méthode Kawaishi » : c’est le Judo du Japon adapté à la mentalité européenne. C'est-à-dire simplification et classification plus précise pour les débutants, mais une fois ceinture noire le nombre de prises est le même qu’au Kodokan, centre du Judo. Résultat magnifique de cette méthode partout adaptée sur le Continent.

Seuls, les Anglais, sous la direction technique de Me KOIZUMI, pratiquent le Judo du Kodokan. Bien que connaissant le Judo bien avant les Français, les Anglais se font battre régulièrement par les élèves de Me Kawaishi.

Lors de ses débuts en Amérique et en France, le Maître Kawaishi a rencontré les champions de catch et de lutte, et les a battus.

Actuellement, les Fédérations de part et d’autre, interdisent ces rencontres.

Lors d’un Gala en démonstration, à Dax, le Maître fit trembler l’assistance en montrant l’efficacité de son « Kiaï » (cri) pour réanimer un élève préalablement étranglé par lui ; cette expérience réussit au mieux.(A noter que d’habitude, on réanime au « Kuatsu », technique enseignée aux ceintures noires lors de leur passage de grade et qui consiste en actions précises sur les points vitaux).

Toute ceinture noire française se trouve être, directement ou indirectement (par son professeur) élève de Maître Kawaishi. (C'est ce modèle que M. Debard reconduit sur le Sud-Ouest).

Les ceintures noires professeurs délivrent tous les grades de couleurs, jusqu’à la ceinture marron incluse ; quand un élève ceinture marron a au moins un an de pratique assidue, il a le droit d’être présenté par son professeur à Maître Kawaishi qui l’examine en vue de la ceinture noire : examen de kata, examen de technique, et compétition. A la dernière session d’examen, le 22 avril dernier, Fête du cerisier, emblème du Judo, sur les 2000 ceintures marron que compte la France en 1951, 130 étaient inscrits, mais seuls 26 (dont Madame LEVANNIER) furent reçus « ceinture Noire 1° dan ».

Présenter le Kata d’examen devant Maître Kawaishi n’est pas une petite affaire, d’autant plus que son calme, son mutisme, son assurance en imposent à quiconque.

Pendant les cours, d’ailleurs, ses atémis sont devenus proverbiaux : quand il n’est pas content d’un élève, il n’explique rien, mais lui dirige un de ces petits atémis dans les côtes, dont il se souvient (atémi = coup frappé, utilisé en jiu-jitsu), puis il rit bruyamment et souvent paternellement. Car les bons maîtres en Judo doivent se considérer comme les pères vis-à-vis de leurs élèves. Au Japon, le Maître connaît la vie privée de ses élèves et réciproquement. Au moment de grands évènements de la vie familiale comme le mariage, c’est au Maître de Judo, nous dit Maître Kawaishi, que le jeune homme se confie et lui demande les renseignements nécessaires. »

(à suivre...)

JMO

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Mardi 3 janvier 2006 2 03 /01 /2006 10:52
Mardi 3 janvier 2006

5- L'esprit  et la vie au Dojo

Un journaliste, Maurice Mauguy, confie en 1953, « Nous avons été amenés à visiter les locaux du Judo Club Rochelais, au 18 de la rue Fleuriau. Le confort, le goût de la décoration, le disputent au souci des aménagements techniques »

Madame Debard, à cette même époque déclare à la Nouvelle République : « Je tiens à tranquilliser tous les parents, lesquels voient sous la foi de renseignements erronés, dans le judo, un sport brutal. Or il n’en est rien. Je fais travailler mes élèves en souplesse, respectant le principe essentiel de ce sport, judo = art de la souplesse. »

Mme Debard, licenciée en sciences pédagogiques, venait d’ouvrir avec succès un cours pour dames et enfants. Très vite plus de cinquante nouveaux participants fréquentaient la salle.

Un entretien de M. Debard et d’un journaliste, Robert Bouchet, nous donne des éléments que l’on retrouve dans un article du Journal local. Le journaliste joue le rôle du profane, et André Debard, celui du professeur. Voici l’article :

 Dans le Dojo aux murs et au tapis blancs, une grande affiche blanche, écrite au pinceau :

« Pour apprendre le judo, la sincérité morale (KOKORO) est indispensable. Si on l’exclut, il ne reste plus que la technique, toujours limitée. Le judo n’est pas seulement destiné à protéger le corps mais c’est aussi un principe moral. Dès lors, si en Judo on recherche l’efficacité immédiate en appliquant le judo de façon impure, par expédients, c’est mauvais et pour le judo lui-même qui devient sujet à critique, et pour nous, qui ne pourrons atteindre une grande science. » C’est signé Mifuné (10° dan) « principes supérieurs »

Le profane : - Qui est Mifune ?

Le professeur : - Le maître Mifune est incontestablement celui qui, avec Nagaoka, 10° dan également, a atteint le plus haut degré dans l’art du Judo actuellement. Il a 64 ans est un des directeurs techniques du Kodokan à Tokyo. S’entraînant tous les jours, il peut se permettre d’aligner devant lui les meilleures ceintures noires japonaises.

Le profane : - Alors physiquement, il est doué exceptionnellement ?

Le professeur : - Il pèse 58 kg ! On doit néanmoins reconnaître qu’à force d’entraînement, il a acquis de l’endurance.

Le profane : - Il doit détenir un nombre considérable de « secrets ».

Le professeur : - Ceux, naturellement que l’on enseigne aux ceintures noires, surtout des degrés élevés. Mais le Judo ne s’identifie aucunement avec de la magie, et les secrets, qui dans l’esprit de beaucoup constituent le seul attrait de ce sport, n’en sont, en fait, qu’une faible partie.

Le profane : - C’est donc avant tout du travail ?

Le professeur : - Oui, et même, en dépit des apparences, du travail personnel. Je m’explique. D’un côté le judoka ne peut rien seul, livré à lui-même. Guidé, il peut tout. Mais d’autre part il est libre et dans le cadre de cette liberté doit affirmer sa personnalité, son originalité. Le Maître guide, mais en ce sens et doit faire sortir de chacun le meilleur de lui-même. C’est en cela que se matérialise cette vérité que le judo aide à donner à la personnalité humaine son maximum de rendement. Et c’est vrai non seulement sur le tapis, mais encore dans la vie. Ce qui donne aux judokas l’assurance qu’ils affichent. Le Judo leur a fait découvrir qu’ils possédaient des ressources inépuisables de force et de confiance en eux-mêmes. Et ils ne l’oublient pas à la sortie du vestiaire.

Le profane : - Le judo dans ces conditions, ne serait-il pas un remède efficace contre les complexes d’infériorité ?

Le professeur : - Absolument. Il n’est homme, si faible soit-il, qui ne se sente grandi après avoir pratiqué le Judo, non pas abstraitement en ne voyant que les seules torsions de membres, mais bien en le comprenant dans son « entier ». Tout homme possède les moyens de devenir un homme supérieur. A lui d’oser.

Le profane : - Mais les trop âgés, les trop gros, les trop maigres ?

Le professeur : - Tout le monde a ses chances en Judo. Il n’y a pas de méthode uniforme. Elle doit s’adapter à tous les individus, en fonction soit de son poids, soit de sa légèreté, soit de son âge. Chacun, par un travail spécial, s’adaptera à la technique qui lui convient et qui est à la base de l’efficacité recherchée.

Le profane : - Je termine en vous demandant s’il est bien exact que nous aurons le privilège, à La Rochelle, de voir à l’œuvre les deux grands maîtres japonais Kawaishi et Awazu ?

Le professeur : - Oui, et c’est une chance, croyez-le, et qui ne se reproduira plus. Après avoir arbitré à Rome, les championnats d’Italie, les deux maîtres ont bien voulu accepter de rendre visite au « dojo » de La Rochelle, coupant ainsi leur voyage annuel pour le stage international de Biarritz. Nous les attendons fin juillet. Ce sera un festival sans précédent, sur lequel nous reviendrons ».

Notes du coordonnateur:
1- Diffusez au maximum le lien pour accéder au blog
2- Apportez vos remarques et appréciations
JMO

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