Dimanche 12 novembre 2006
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Dimanche 12 novembre 2006
124- Discrimination sexuelle dans le Judo (depuis le début jusqu'en 1960) - 15
Etude de Hervé LEMARECHAL
15 – LES PREMIERES FORMES DE DISCRIMINATION
Avec la généralisation progressive du judo féminin vont pouvoir être observées les premières formes de discrimination sexuelles dont certaines persistent aujourd’hui. Les renseignements fournis ici proviennent de témoignages recueillis directement auprès des pratiquantes. Voici les formes les plus marquantes de discrimination dont les femmes judokas ont eu à souffrir dans les années 50-60. Ces discriminations paraissent résulter de quelques idées forces. Ces idées forces sont exprimées dans des articles écrits par des professeurs de l’époque. Voici les principales :
- le rôle social de la Femme consiste à tenir une maison et élever ses enfants ;
- le judo est un sport trop violent pour la Femme et peut l’empêcher d’avoir des enfants ;
- le judo compromet la féminité, ce n’est pas le rôle d’une femme de faire du judo ;
- les femmes ne sont pas assez sérieuses ni assez disciplinées pour faire du judo ;
151- Interdiction de la compétition. La première forme de discrimination est l’interdiction de la compétition aux femmes. Privé de toute évaluation, le judo féminin n’est pas reconnu comme une activité sérieuse et paraît peu crédible. Les enseignants insistent sur la beauté des mouvements, l’esthétique des katas, plutôt que sur l’efficacité. Citer J Liberman. Dans les revues françaises, les courriers de lecteurs font état de propos ironiques sur le femmes judokas : les femmes ont peur des chutes, devient une activité privée Le judo féminin n’est donc pas pris très au sérieux. Pourtant, un championnat de judo féminin est organisé à Paris le 1er Mai 1950. Ce championnat, ouvert à toutes les femmes titulaires de la ceinture orange, se déroule en marge du championnat d’Europe et est arbitré par Kawaishi lui-même. Toutes les techniques sont autorisées, y compris les étranglements. Les comptes-rendus qui nous sont parvenus sont quelque peu réservés, la plupart des pratiquantes manquant de techniques et déployant une agressivité déplacée.
Le Tournoi féminin de Paris en Mai 1950
(En arrière-plan, Kawaishi en train d’arbitrer)
Pourtant, cette compétition n’était pas dépourvue d’intérêt car toutes les finalistes seront ceintures noires quelques années plus tard. La vice championne, Mme LEVANNIER, obtiendra la ceinture noire l’année suivante. Il faudra attendre 1968 pour que la Grande-Bretagne organise son premier championnat de judo féminin, remporté par une certaine Elaine BIRCH, JC TIPTON.
152 – Un judo féminin différent du judo masculin. Une autre forme de discrimination, qui découle de la précédente, est l’adaptation de l’enseignement aux élèves féminines. Considéré comme dangereux pour le corps féminin, le judo doit être adapté à la morphologie des femmes. Rappelons que les pratiquantes féminines sont presque toujours adultes ou adolescentes: les pratiquantes enfant sont alors exceptionnelles. L’enseignement du judo féminin n’est donc pas uniforme : on trouve autant d’enseignements que de professeurs différents. Mais presque tous les professeurs restent persuadés que le judo est dangereux pour les femmes et doit être adapté. Certes, toutes les techniques sans exception leur sont généralement enseignées. Mais, ça et là, certains professeurs évitent d’enseigner les sutémis et les étranglements, voire les armlocks, jugés trop dangereux. L’enseignement des katas est généralement privilégié. Le randori est la seule forme de combat autorisée. Le judo féminin tend à devenir une gymnastique plutôt qu’un sport de combat. 153 – Discriminations dans l’organisation des cours. Les cours sont parfois mixtes, parfois séparés. Les premières femmes professeur n’apparaîtront, en France, que dans les années 50. Dans les années 60, on verra un peu partout une véritable explosion de cours strictement féminins. Il y aura même des clubs féminins mais dont l’existence restera éphémère.
Même dans les cours mixtes, la pratique reste strictement séparée, les élèves féminines étant à part. Au moins au début, les randoris mixtes restent exceptionnels. En fait, les hommes rechignent à pratiquer avec une femme et préfèrent s’entraîner entre eux. Dans les années 50, rares sont les hommes qui acceptent d’être envoyés au tapis par une partenaire féminine ! D’autre part, la différence de morphologie, de pédagogie, rend, au moins en France, pratiquement incompatible la pratique mixte. Il faudra attendre les années 60 pour voir ce blocage progressivement surmonté. En fait, le milieu du judo, très largement masculin, rechigne à intégrer les femmes. En outre, la quasi impossibilité pour les femmes de pratiquer le judo avec des partenaires masculins compromet l’efficacité de leur pratique, au moins sur le plan de la self défense.
154 – Des grades féminins spécifiques. La discrimination s’étend tout naturellement à la remise des grades. Une ceinture féminine ne pouvant avoir la même valeur qu’une ceinture masculine, les ceintures féminines sont barrées sur toute la longueur d’une bande blanche. Encore aujourd’hui, cette discrimination est observée au Japon. A l’époque, nombre de femmes considéraient comme une véritable discrimination cette particularité.
Quant à la ceinture noire, elle était contingentée afin de garantir la valeur de ce grade. Selon certains auteurs, l’octroi de la ceinture noire doit être encore plus sévère pour les femmes que pour les hommes. Dans les années 50, en France, l’examen des femmes pour la ceinture noire était mixte : les premières candidates n’étaient pas suffisamment nombreuses pour combattre entre elles, et elles devaient donc affronter d’autres candidats masculins. L’accès à la ceinture noire sera donc très difficile pour les françaises, au moins jusqu’aux années 70. En 1966, on recense xxx femmes ceintures noires sur un total de
155 – L’attitude de judokas masculins. On comprend dès lors que les femmes aient rencontré de sérieuses difficultés pour s’imposer dans le milieu du judo. En fait, le judo féminin n’est généralement pas pris au sérieux. La motivation des enseignants est de former des ceintures noires et des compétiteurs, afin d’affirmer une fédération en pleine formation. D’autre part, plusieurs témoignages font état du manque de courtoisie de partenaires masculins qui refusent de chuter ou refusent de s’entraîner avec une partenaire femme. Il est fait également état du manque de propreté de certain d’entre eux. Ainsi que de propos déplacés ou grossiers. La place faite aux femmes dans l’univers du judo reflète la place qui leur est faite dans la société, sous domination masculine. Il faudra encore plusieurs années avant qu’elles ne soient pleinement acceptées. Un professeur 6ème dan aujourd’hui décédé, Mr BIRNBAUM, m’a déclaré que le judo n’était pas fait pour les femmes. Cependant, il n’a pas été trouvé de traces de refus d’inscrire des femmes dans un cours.
Les élèves femmes dérangent plutôt qu’autre chose. Il faut reconnaître que le renouvellement des effectifs féminins est rapide, beaucoup de pratiquantes, trompées par une publicité tapageuse, se décourageant rapidement.
Malgré toutes ces formes de discriminations, dont certaines subsistent encore aujourd’hui, certaines observations peuvent être faites qui contredisent la marginalisation du judo féminin. Par exemple, le large appel fait au judo féminin pour en vanter l’efficacité. Les journaux, les actualités cinématographiques, vantent l’efficacité du judo à travers des reportages mettant en scène des femmes le pratiquant apparemment avec facilité. Les cas d’autodéfense réussis sont largement rapportés.
Publicité dans les années 60
Couverture d’une brochure franco-belge parue en 1963
Hervé LEMARECHAL(A suivre)
Par Jm Oudine
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Publié dans : Judo féminin
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