Samedi 11 novembre 2006
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123- Discrimination sexuelle dans le Judo (depuis le début jusqu'en 1960) - 14
Etude de Hervé LEMARECHAL
APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE, LE JUDO FEMININ COMMENCE A SE REPANDRE
A partir de 1950, le judo féminin commence à se répandre lentement mais surement dans le monde entier. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, de nombreuses femmes de l'Armée américaine d'occupation, dont Ruth B. GARDNER, découvrirent le judo grâce au cours féminin du Kodokan de TOKYO. De retour dans leur pays, elles contribueront à rendre ce sport populaire chez les femmes. Durant son séjour au Kodokan, un judoka français, Pierre DARCOURT, signale une compétition de judo réservée aux femmes ceinture noire ("Aventure judo en Extrême-Orient", 1957). Pour ce qui concerne la France, une source fiable est fournie par l’Annuaire du judo international d’Henri PLEE ; elle permet de dénombrer 130 françaises judokas sur un total de 7542, soit 1.72% du total! Il s'agit là des chiffres de la seule Fédération française de Judo. Plusieurs fédérations étant alors en concurrence, le nombre réel de pratiquantes était donc plus élevé. En Belgique, une vingtaine de femmes pratiquaient le judo à BRUXELLES.
Il s’agit de femmes le plus souvent adultes, parfois jeunes filles : le judo infantile reste exceptionnel, cette activité étant jugée trop dangereuse. Mais, alors que le jujitsu intéressait surtout les femmes de la bonne société (upper class), le judo attire des femmes de condition plus modeste, étudiantes, secrétaires, assistantes sociales, lycéennes, etc.
A Paris, un championnat national féminin est même organisé en Mai 1950, en marge du championnat national. Arbitré par Kawaishi en personne, il est ouvert aux dames ceintures orange. On a conservé les noms d’une vingtaine de participantes. Ce tournoi laissa les observateurs perplexes et ne fut pas renouvelé. Certains clubs organisent des compétitions féminines. En France, par exemple, le très select Racing-Club de PARIS organise un tournoi féminin chaque été. En outre, des démonstrations de judo féminin sont souvent organisées en marge des championnats officiels, à PARIS comme à LONDRES, et plaisent beaucoup au public.
Bien que très minoritaire, le judo féminin commence à faire parler de lui. Un peu partout dans la presse fleurissent des reportages sur le sujet : le judo est présenté comme une activité d’une facilité et d’une efficacité déconcertantes : le fait qu’il soit pratiqué par des femmes prouverait son efficacité. Les femmes font donc malgré elles de la publicité pour le judo. Un engouement pour le judo commence à se dessiner chez les femmes. La libéralisation progressive des mœurs, l’attribution du droit de vote, l’appétit de vivre de l’après-guerre, l’évolution de la mode (raccourcissement des jupes), concourent à orienter les femmes vers des activités libératrices, dont le sport.
La première ceinture noire féminine est accordée à Mme LEVANNIER en 1951. En juillet 1965, on comptera cinquante françaises ceintures noires. Des cours féminins fleurissent un peu partout. La multiplication des clubs féminins paraît s'expliquer d'abord par l'impossibilité pour les femmes de pratiquer le judo dans les mêmes conditions que les hommes, le judo masculin ayant été rapidement orienté vers la compétition et celle-ci restant interdite aux femmes. Autre explication, les mentalités de l'époque, les codes sociaux s'accommodant assez mal de la pratique du randori mixte. Enfin, certaines femmes judoka se plaignaient du manque de correction de leurs partenaires masculins (voir §155). Malheureusement, la pratique non mixte se révéla discriminatoire pour les femmes attirées par la seule self-défense, celles-ci étant dans la quasi impossibilité de tester leurs techniques sur un partenaire masculin (les agresseurs de femmes sont assez généralement des hommes...)
Des clubs féminins apparaissent. Ainsi, à Paris, Mme LEVANNIER, première femme ceinture noire, ouvre un cours qui, en 1956 qui comptera une quarantaine de pratiquantes, dont 3 ceintures noires.
Le judo se répand parmi les actrices et comédiennes. IL leur permet de se faire remarquer, de faire parler d’elles dans les journaux :
Brigitte AUBER (ceinture marron), Paris, 1956
L’actrice française Brigitte AUBER (ceinture marron) belt),et l’actrice britannique Honor BLACKMAN (“James Bond girl”), toutes deux authentiques judokas, grâce aux nombreux articles de presse dont elles ont fait l'objet, ont manifestement contribué à populariser le judo dans leurs pays respectifs..
Honor BLACKMAN ("james Bond girl")
Quelques femmes judokas ont marqué cette période et méritent d'être évoquées ici. Mme LEVANNIER a manifestement contribué à l'essor du judo féminin à PARIS et en région parisienne. Première française à enseigner le judo, elle ouvrira à PARIS un club féminin réputé qui fonctionnera une vingtaine d'années (années 50 jusqu'aux années 70). J'aimerais recueillir des témoignages d'élèves ayant fréquenté ses clours.
Suivant les traces de Sarah MAYER, une française, Melle COLLET, séjourne au Kodokan dans les années 50. Etudiante en Langues Orientales, ceinture noire, sa présence est signalée par Pierre DARCOURT.
Monique VENNER paraît être, en France, une personnalité marquante durant toute cette période. D'une personnalité hors du commun, elle a vécu une vie d'aventures qu'elle a racontées dans "Le Démon des Voyages" (1963). Ayant commencé le judo vers sa quinzième année, elle partit au Japon en 1964, seule et sans argent, pour y obtenir le 3ème dan. Elle a fondé et dirigé plusieurs clubs de judo et beaucoup contribué, elle aussi, à propager le judo féminin français dans les années 50 et 60.Hervé LEMARECHALà suivre...
Par Jm Oudine
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Publié dans : Judo féminin
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