Samedi 4 novembre 2006 6 04 /11 /Nov /2006 17:17
Samedi 4 novembre 2006

120- Discrimination sexuelle dans le Judo (depuis le début jusqu'en 1960) - 11 -

Etude de Hervé LEMARECHAL

11 – L’APPARITION DU JUDO FEMININ EN OCCIDENT

Il n’était pas évident que des femmes s’adonnent à un sport de combat, genre d’activité plutôt réservée aux hommes. A la fin du XIXème siècle, le jujitsu connut un véritable engouement en Occident, en particulier dans certains pays anglo-saxons. Les premiers clubs de jujitsu s’ouvrent à Londres (le fameux Budokwaï) et aux USA, en raison des relations entretenues par ces deux pays avec le Japon. Le succès rapide du jujitsu paraît s’expliquer par les récits de journalistes à l’occasion de la récente guerre russo-japonaise (1904-1905) où des soldats japonais n’hésitaient pas à affronter victorieusement au corps à corps leurs adversaires russes. La perspective de vaincre un adversaire à l’aide de techniques secrètes à l’efficacité foudroyante ne peut que séduire les messieurs de la bonne société londonienne et américaine en mal de divertissement. On trouve le même engouement en France pour le jujitsu, essentiellement pour des raisons militaires, semble-t-il.

Mais, si à Paris, le jujitsu reste une activité uniquement masculine, il n’en va pas de même de l’autre côté de la Manche. La société anglo-saxonne, plus tolérante aux comportements individuels que la société latine, s’est accommodée sans difficulté de la pratique de sports de combat par des femmes. Deux catégories de femmes s’adonnent alors au jujitsu :

-          des femmes de la bonne société (upper class) pour qui le jujitsu est un divertissement, un moyen de se singulariser, de faire parler de soi, une activité à laquelle on peut s’adonner par snobisme, un passe-temps ;

-          des femmes de condition beaucoup plus modeste mues par des mobiles politiques. Il s’agit plus particulièrement des premières suffragettes londoniennes, dont les meetings étaient régulièrement perturbés par la police. Certaines d’entre elles n’hésitèrent pas à mettre sur pied un véritable commando féminin chargé de défendre physiquement leurs militantes, grâce aux leçons de jujitsu données par Mme GARRUD, probablement la toute première professeur de jujitsu en Occident. Les policiers londoniens redoutaient d’avoir à les affronter.


Judo mixte au Budokwaï

Mais les contraintes sociales pèsent encore lourd : les femmes pratiquent le jujitsu en tenue de ville allégée. Pas question pour elles de revêtir le judogi.

Le tout premier livre de self défense féminine en français (1906)

Il semble que le jujitsu, discipline particulièrement exigeante, soit assez rapidement tombé en désuétude en Occident. La mode était passée. Lentement mais sûrement, le judo, apparu à la fin du 19ème siècle, allait le supplanter définitivement.


Hervé LEMARECHAL
A suivre...

Par Jm Oudine - Publié dans : Judo féminin
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