Samedi 26 août 2006 6 26 /08 /Août /2006 15:12
Samedi 26 août 2006

109- La bibliothèque d'Alexandrie


            Quel plaisir, d'écouter les anciens au téléphone, ou de les lire. Chaque fois, ils m’expliquent tout avec conviction, et savent me faire vivre le charme d’un échange sincère et désintéressé. Grâce à leur enthousiasme, je devine l’ambiance qui régnait entre eux. Ces entretiens sont inestimables. Par exemple, comment aurais-je pu savoir qu'à Paris en 1945-46-47, nos pionniers n’hésitaient pas - entre eux - à utiliser des mots ignorés « des gens bien élevés », mais ensuite rire, et se moquer fraternellement. Et qui d’autre qu'eux, maintenant, me l’aurait raconté ?

 

Bien sûr, il faut vivre avec son temps. Mais ce n’est pas pour autant que les nouvelles générations doivent oublier  les anciennes, et ce qui a été vécu ! Je crois que beaucoup des anciens commencent à être sensible au fait que ne rien faire, ne rien dire, ne rien entendre, serait synonyme d’une pensée perdue. En l’occurrence, la-leur.

 

Ainsi, sans arrêt, la « bibliothèque d’Alexandrie » brûle ! Car chacun emporte avec lui, non pas les choses matérielles, mais des idées, des pensées, des réflexions qui, si elles n’ont pas été exprimées suffisamment tôt, vont sombrer dans l’oubli.

 
        J’adhère à aux propos des anciens, même si dans l’immédiat je ne trouve personne ou presque, avec qui en parler. C’est là le drame de l’isolement. On est entouré, respecté, mais « la rencontre », « l’étincelle » par laquelle l’échange peut se concrétiser, ne se produit pas. Même si ceux avec lesquels on converse sont des personnes intelligentes, que l’on aime et que l’on apprécie.
 

Le retrait en Province de Debard avait engendré pour lui cette perte de contact. De plus, comme il vivait retiré hors de la capitale, il accentuait cette perte de conscience de la réalité du moment présent qui passe. Comme si la capitale continuait à être le centre de l’hexagone où tout se fait et où tout est initié, seulement par un groupe et pour un groupe. Les progrès en communication remédient certes peu à peu à cet inconvénient, mais faut-il que tout le monde bénéficie ou dispose de l’outil Internet ou même du téléphone.

 

De plus, la pédagogie de la transmission est indispensable. Bien peu s’intéressent à un bout de papier jauni posé sur le coin d’une table ; surtout s’il n’est pas suffisamment explicite au premier coup d’œil !

 

C’est le problème de la communication et de la transmission. Evaluer un auditoire, sentir ce qui va le retenir et l’intéresser, pour rendre accessible un témoignage ; c’est  le problème que j’affronte pour intéresser les différentes générations de judokas à leur histoire.

                        Récemment, Hervé me disait : la Fédération, est un appareil. Et tout appareil qui fonctionne suit une ligne, une politique, arrêtée par les organes centraux et appliquée par les relais départementaux. La mobiliser, pour une recherche mémorielle en profondeur, suscite souvent la réserve, sinon la méfiance des organes départementaux. De plus bien souvent l'archivage est une activité négligée, voir ignorée de beaucoup. Quand à la Fédération actuelle, quelle plus value obtiendrait-elle en termes d'adhésions ou de performance dans cette recherche ? 

Ce que nous dit Hervé n'est que trop vrai. Mais je crois en notre démarche. Et je souhaite de tout coeur que les lecteurs de ce blog soient vigilants. Qu'ils contribuent, chaque fois qu'ils le peuvent , à notre recherche, à notre devoir collectif de la sauvegarde de l'Histoire du Judo.

A suivre...
JMO

Par Jm Oudine - Publié dans : Evolution
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