Lancelot du lac ? ... non, André Debard !
L'engagement d'André Debard pour le Judo était un engagement total. Il vouait au Judo toute sa personne, tout son corps, toute son intelligence. Pendant 17 ans, il va poursuivre une activité intense et une recherche incessante d'un judo conforme à l'esprit de Jigoro Kano. Pour mieux comprendre cet engagement et sa pensée, la note ci-dessous, écrite par André vers 1955, un an avant qu'il prenne du recul, donne une idée précise de sa conviction.
La note en question"Il y a presque vingt ans maintenant que l'on pratique le Judo en France. Je dis intentionnellement "du judo" et non "le judo" car le sport importé en France en 1935 sous ce nom n'en était que l'ABC.
Peu à peu, les années s'additionnant, et les judokas se multipliant, l'ABC est devenu grammaire élémentaire, simple et facile, avec chapitres numérotés. Beaucoup de numéros, mais à l'intérieur des chapitres pas grand chose.
Le malheur, c'est que de nombreux pratiquants de ce sport ont actuellement dépassé l'âge du brevet et même celui du bac, et qu'ils en sont toujours à leurs petits chapitres par numéros.
On a appelé cela la méthode française, soi-disant adaptée au tempérament français (c'est la première fois qu'on jugeait la France indigne d'atteindre aux hautes sphères).
La méthode française a d'ailleurs remporté de beaux titres aux championnats d'Europe. Pas étonnant puisqu'elle était à peu près la seule nation à pratiquer ce sport en occident, et à le pratiquer avec un effectif considérable (100 000 pratiquants).
Et la France grisée par ces succès faciles, enluminait quelques lettres de son alphabet.
Cette situation ne pouvait durer plus longtemps. Dans toutes les classes du monde, il y a des élèves qui posent des questions aux Professeurs. L'enseignement ne suffisait plus. Quelques élèves anciens, non désireux de gloriole mais de vérité, se séparèrent de la fausse école et suivirent un vrai maître.
C'est ainsi qu'est née l'Union Fédérale Française des Amateurs de Judo Kodokan (UFFAJK) faisant face à la Fédération Française de Judo et de Jiu-jitsu (FFJJJ).
Il y a au Japon deux écoles principales qui enseignent le véritable Judo : le BUDOKWAI, école de police, et le KODOKAN.
C'est à cette école que le jeune judo français s'est rattaché parce que c'était celle où enseigna le fondateur du Judo, le vénéré maître Jigoro Kano dès 1880
Des élèves directs de Kano enseignent encore aujourd'hui au Kodokan de Tokyo; ils sont tous 9° ou 10° dan; ils forment à leur tour des professeurs qui sont dans la lignée pure de leur enseignement. C'est ce judo là que les Français sont en droit de réclamer, et non un arrangement faussement simplificateur. C'est ce judo là qui est simple, car toutes les belles choses sont simples. Il ne fallait pas le dénaturer."
Depuis le début 1955 les rencontres entre FFJJJ et l'UFFAJK étaient fréquentes. Claude THIBAULT nous décrit bien cette période dans son livre un million de judokas. L'idée dominante était la réunification des deux fédérations, mais les rivalités empêchaient les grandes décisions. Cependant le blocage a été "balayé" par un protocole d'accord qui répartissait les postes de dirigeants entre les deux fédérations. Et la question "technique" était confiée à une commission composée des responsables qualifiés du Collège des Ceintures noires et des représentants de l'Institut Français de Judo du Kodokan.
André Debard était passionné, les concessions faites pour arriver à l'unité du Judo français l'affectaient particulièrement.
A suivre...
JMO.
Guy Favre (visite en février 2006)
André Debard vers 1938
André Debard, en bas au centre, a été le plus jeune ceinture noire de France