Encore un de ces vieux livres qui parfois sortent des armoires et viennent au devant de nous, sans que nous les ayons recherchés. Encore aussi une rencontre imprévisible qui nous fait avancer sur la piste de la vie d’André DEBARD.
Frank DEBARD et Jacques VIGNAUD
Toujours est-il que j’avais du retard. Lorsque je suis arrivé, Frank était en conversation avec M.Jacques VIGNAUD. Ce dernier m’a été présenté comme quelqu’un qui connaissait bien Jean BEAUJEAN.
Et Frank d’ajouter que sur un des bouquins de Judo de la collection de son père, il avait lu une dédicace signée Jean BEAUJEAN.
De mon côté je me souvenais bien de la lecture du livre de Claude THIBAULT (Un million de judokas) dans lequel j’avais lu qu’en 1943, Jean BEAUJEAN s’était retrouvé en finale, contre Jean DE HERDT, à l’occasion du premier Championnat de France. Et j’avais alors été surpris de la différence de taille et de poids qui séparaient les deux combattants : Jean BEAUJEAN (1,65m et 59 kg), Jean de HERDT (1,90m pour 80 kg).
De plus, dans ce livre, « Un million de Judokas », il était précisé qu’à son départ pour le Japon, Me KAWAISHI avait confié la direction de la Fédération à Jean DE HERDT et Jean BEAUJEAN. Enfin qu’en 1950, Jean BEAUJEAN était revenu d'un séjour au Japon, avec une vision modifiée de la méthode de judo enseignée par Me KAWAISHI.
Oui, Jean BEAUJEAN faisait bien parti du patrimoine du Judo français.
Sur le livre, tiré en 850 exemplaires sur « BOUFFANT DES PAPETERIES JEANTET NUMEROTES DE 401 à 1250 » est mentionné le numéro 909. Quand au titre, il s’agit de « JIU-JITSU partie JUDO d’après la méthode KAWAISHI SHI HAN », Textes et illustrations de Jean BEAUJEAN.
Judo Club d'Angoulême en 1950
Le Judo Club Police Angoumoisine (1950) Dans la préface de « JUDO et JIU-JITSU », de MM Paul Bonet-Maury et Jean de Herdt, (ouvrage publié aux éditions VIGOT FRERES, en 1948), M. KAWAISHI rend hommage aux deux judokas auteurs.
Livre actuellement introuvable dans le commerceEn effet, Paul Bonet Maury, suit au plus haut niveau l’évolution de la future Fédération Française de Judo.
En grande partie grâce à lui, à M. Kawaishi, et à l'équipe qu'il a su conduire, le Judo en 1946 a pris son autonomie et il est reconnu comme sport de combat officiel, par le Commissariat Général aux Sports français.
Quand au passage de la ceinture noire, il est difficile.
La ceinture noire comporte une valeur non seulement physique et technique mais aussi morale. En effet, il faut justifier d’un caractère et d’un passé qui rendent digne de cette distinction.
Au centre, en haut M. Kawaishi, en bas André Debard
Quant aux « 1° dan », ils ne sont qu’un peu plus d’une trentaine : Feldenkrais, Loufti, Verain, Lenormand, Mercier, Gerbaud, Giraud, Portier, Leroux, London, Guillaume, Weissenthaner, Bourdiaux, Lefebvre, Pimentel, Debard, Chalier, Lehnert, Gremmer, Frimat, Meyer, Delesque, Sardina, Vallée, Rossignol, Le Trocquer, Chancerel, Martel, Bouvard, Dr Strohl, Levannier, Fouquet, Paisant du Clos.
Une question se pose toujours au sujet de la photo du groupe (plus haut).
En dehors de Me Kawaishi, et de André Debard, qui sont ces autres judokas ? (je n’avais que deux ans à cette époque), il m’est difficile, de reconnaître les judokas qui ne m'ont pas été présentés. Et je n'ai pas les adresses de personnes que j'ai connues il y a quelques années et qui auraient pu me renseigner (M. AWAZU, M. COUZINIE, M. COURTINE...) quelqu'un peut-il m'aider ?
C’est aussi avec curiosité que j’ai examiné cette affichette des cours au Jiu-Jitsu Club de France, 10 bis rue Sommerard, à Paris, ODE : 62 12., retrouvée dans les archives de M. DEBARD.
"Le 28 novembre 1951, l’un des grands courriers qui assurait la liaison avec l’Extrême Orient accostait à Marseille.
ISHIRO ABE, se tenait dans sa cabine des premières classes de la « Marseillaise », le navire sur lequel il avait voyagé. Il était sept heures, et dans l’air frais du matin, quelques mouettes dessinaient des arabesques dans un de ces ciels clairs du soleil levant.
Un steward conduisait M. LASSERRE vers la cabine de M. ABE.
M. LASSERRE était chargé d’accueillir l’envoyé du Kodokan à Marseille et de l’accompagner à l’Institut du Kodokan à Toulouse."
La note de courtoisie de cette rencontre a du être extrême. Le sourire d’ISHIRO ABE, son aspect de gentleman habillé sobrement et une allure qui respirait la netteté, ont certainement séduit d’emblée M. LASSERRE.
De toute évidence, ce dernier avait été déjà impressionné par le palmarès de cet homme de 29 ans qui venait étudier dans nos universités : 1,70 m, 69 kg, il était 1° dan à 15 ans (en 1937), 2° dan à 16 ans, 3° dan à 18 ans, 4° dan à 20 ans, 5° dan à 25 ans, 6° dan à 28 ans.
Quant au Maître et aux professeurs d’Ishiro ABE, ils fournissaient de sérieuses références aux Français : M. NAGAOKA 10° dan, HASHIMOTO 9° dan, OTAKI 7° dan, MATSUMOTO 7° dan.
Plusieurs fois finaliste du Championnat du japon, M. ABE était très populaire au Kodokan. Et bien que 6° dan, sa simplicité ne lui faisait porter qu’une simple ceinture noire.
Lors de cette première rencontre, le moment d’embarras de M. LASSERRE a été certainement de courte durée, car après avoir formulé les quelques phrases en Japonais, qu’il avait apprises par cœur , et dont il avait pu se souvenir, la conversation s’est poursuivie en anglais. M. ABE comprenait le Français et parlait l’anglais.
Si l’arrivée de M. ABE se situe en novembre 1951, c’est probablement dans les mois qui ont suivi qu’André DEBARD s’est rendu à Toulouse. Certainement après le premier Championnat d’Europe de décembre 1951. Donc vraisemblablement en 1952.
Et à la liste des visiteurs prestigieux au SUDOKAN - M KURIHARA (9° dan), KAWAISHI (7° dan), AWAZU (6° dan) - s’ajoutaient celles de M. et Mme LEVANNIER, BELAUD, CHAMUZEAU et DEBARD.
Un peu plus tard, pendant plus d’un mois et demi, André DEBARD est resté travailler à TOULOUSE, avec Ishiro ABE. A à son retour, il annonçait à M. LECHEVREL - un de ses bons élèves qui l’avait remplacé pour les cours à La Rochelle - : « LECHEVREL, il faut tout oublier de ce que je vous ai appris, et il faut que vous alliez à Toulouse.».
M. DEBARD avait un nouveau Maître, Ishiro ABE.
Ce matin, c’est un tout petit article d'à peine 5 cm sur 10 cm qui est sur mon bureau. Pas de dates, pas d’indications sur le Journal éditeur, pas de nom de rédacteur. Seulement un titre « Jiu-Jitsu ».
Et pourtant en lisant les lignes nous nous trouvons tout de suite transportés dans le temps, quelques années après la guerre, probablement en 1949.
« Nous avons annoncé, dans un précédent article, l’arrivée imminente en France du Maître Minosuke Kawaishi Shi Han, délégué officiel du Japon pour l’enseignement du Judo et du Jiu-Jitsu en Europe.
Après une brillante démonstration à Marseille, le Maître a réuni à Paris le Collège des Ceintures Noires de France. Séance qui devait d’après les invitations, revêtir un caractère exceptionnel et solennel ».
André DEBARD, directeur technique du Judo Rochelais, deuxième Dan (deuxième échelon dans la ceinture noire) a assisté à cette séance, pleine d’intérêt.
Nous espérons que nos compatriotes de La Rochelle brilleront en bonne place, grâce à l’enseignement donné par un deuxième Dan, chose exceptionnelle en Province.
Nous terminerons en souhaitant au Maître Kawaishi bienvenue et succès »
Dans la plupart des Ecoles des Cadres du Judo en France, on enseigne que M. Kawaishi était arrivé en 1935 en France, et qu’en raison de la guerre, il était reparti au Japon en 1944. Après la guerre, en 1949, il était revenu prendre la Direction du Judo Français, à la demande de M. BONET-MAURY.
Bien des évènements s’étaient passés en son absence. Tout d’abord,
Si à son départ, Me KAWAISHI avait fait promettre à la quarantaine de Ceintures noires de rester unis et de s’entraîner en commun le plus souvent possible, il était important, après cinq années d'absence, qu’il reprenne son ascendant sur le Judo français et établisse avec ses anciens élèves une stratégie de développement. C’est certainement pour cette raison qu’il organise cette première réunion du Collège des Ceintures Noires de France, à Paris.
André DEBARD, un de ses élèves, s’était rendu dans la capitale, retrouver son Maître et lui annoncer le chemin fait en son absence. Son installation à La Rochelle, l’ouverture du Jiu-Jitsu Club de La Rochelle et celle réalisée, ou en voie de l’être, des clubs de Châtelaillon, Rochefort, Saintes… Egalement l’activité avec M. NOCQUET et en particulier les démonstrations et Galas (La Rochelle, Dax, Bordeaux…).
Pour les perspectives, c’est certainement là que se sont établies pour le Sud Ouest les projets : celui du Stage de BIARRITZ, et celles des visites de M. KAWAISHI en province…
Ushiro Gesa Gatame (dessin de André Debard)