Judo - Debard André

Vendredi 12 mai 2006 5 12 /05 /Mai /2006 08:54
Vendredi 12 mai 2006

76- Un engagement passionné.

La quête du Graal ?... non, ici il s'agit de l'esprit judo !
Lancelot du lac ? ... non, André Debard !

        L'engagement d'André Debard pour le Judo était un engagement total. Il vouait au Judo toute sa personne, tout son corps, toute son intelligence. Pendant 17 ans,  il va poursuivre  une activité intense et une recherche incessante d'un judo conforme à l'esprit de Jigoro Kano. Pour mieux comprendre cet engagement et sa pensée, la note ci-dessous, écrite par André vers 1955, un an avant qu'il prenne du recul, donne une idée précise de sa conviction.

La note en question

        "Il y a presque vingt ans maintenant que l'on pratique le Judo en France. Je dis intentionnellement "du judo" et non "le judo" car le sport importé en France en 1935 sous ce nom n'en était que l'ABC.
Peu à peu, les années s'additionnant, et les judokas se multipliant, l'ABC est devenu grammaire élémentaire, simple et facile, avec chapitres numérotés. Beaucoup de numéros, mais à l'intérieur des chapitres pas grand chose.
        Le malheur, c'est que de nombreux pratiquants de ce sport ont actuellement dépassé l'âge du brevet et même celui du bac, et qu'ils en sont toujours à leurs petits chapitres par numéros.
On a appelé cela la méthode française, soi-disant adaptée au tempérament français (c'est la première fois qu'on jugeait la France indigne d'atteindre aux hautes sphères).
        La méthode française a d'ailleurs remporté de beaux titres aux championnats d'Europe. Pas étonnant puisqu'elle était à peu près la seule nation à pratiquer ce sport en occident, et à le pratiquer avec un effectif considérable (100 000 pratiquants).
        Et la France grisée par ces succès faciles, enluminait quelques lettres de son alphabet.
        Cette situation ne pouvait durer plus longtemps. Dans toutes les classes du monde, il y a des élèves qui posent des questions aux Professeurs. L'enseignement ne suffisait plus. Quelques élèves anciens, non désireux de gloriole mais de vérité, se séparèrent de la fausse école et suivirent un vrai maître.
        C'est ainsi qu'est née l'Union Fédérale Française des Amateurs de Judo Kodokan (UFFAJK) faisant face à la Fédération Française de Judo et de Jiu-jitsu (FFJJJ).
        Il y a au Japon deux écoles principales qui enseignent le véritable Judo : le BUDOKWAI, école de police, et le KODOKAN.
        C'est à cette école que le jeune judo français s'est rattaché parce que c'était celle où enseigna le fondateur du Judo, le vénéré maître Jigoro Kano dès 1880

        Des élèves directs de Kano enseignent encore aujourd'hui au Kodokan de Tokyo; ils sont tous 9° ou 10° dan; ils forment à leur tour des professeurs qui sont dans la lignée pure de leur enseignement. C'est ce judo là que les Français sont en droit de réclamer, et non un arrangement faussement simplificateur. C'est ce judo là qui est simple, car toutes les belles choses sont simples. Il ne fallait pas le dénaturer."

Depuis le début 1955 les rencontres entre FFJJJ et l'UFFAJK étaient fréquentes. Claude THIBAULT nous décrit bien cette période dans son livre un million de judokas. L'idée dominante était la réunification des deux fédérations,  mais  les rivalités empêchaient les grandes décisions. Cependant le blocage a été "balayé" par un protocole d'accord qui répartissait  les postes de dirigeants entre les deux fédérations. Et la question "technique" était confiée à une commission composée des responsables qualifiés du Collège des Ceintures noires et des représentants de l'Institut Français de Judo du Kodokan.

André Debard était passionné, les concessions faites pour arriver à l'unité du Judo français l'affectaient particulièrement.

A suivre...
JMO.





Par Jm Oudine - Publié dans : Judo - Debard André
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Dimanche 7 mai 2006 7 07 /05 /Mai /2006 07:44
Dimanche 7 mai 2006

75- Guy Favre parle de Debard

        En février dernier, nous rendions visite à Guy Favre. Il nous a confié, une quantité impressionnante de documents, de récits, d'anecdotes. L'importance, la qualité et la quantité d'informations  avaient quelque peu bousculé nos esprits.

Guy Favre (visite en février 2006)

        Il faut dire que Guy avait interviewé André quelque temps avant la remise du premier trophée Shin en 1993. Il avait recueilli un bon nombre de renseignements. En voici le résumé :

        "André Debard est né le 13 janvier 1924 à Paris, et  dès l'âge scolaire, il pratique de nombreuses activités sportives : foot, cyclisme, course à pied.

André Debard vers 1938

        Ce n'est qu'en 1939, à 15 ans qu'il s'inscrit au Jiu-Jitsu Club de France, rue Thénard. Il débute avec M. Feldenkrais, sous la houlette de Maître Kawaishi. Il a été le plus jeune ceinture noire de France (N° 24), et travaillait à cette époque avec De Herdt (qui était alors ceinture verte), Levannier, Courtine, Pariset... Il obtient le 1° dan le 15/4/1944, le 2° dan le 1/5/1947 puis obtiendra le 4° dan. Son 5° dan ne sera pas homologué en raison de la dissidence de la FFAJK avec la FFJJ.

André Debard, en bas au centre, a été le plus jeune ceinture noire de France

        Il arrive à La Rochelle en juillet 1948, devient l'associé de M. Dumont (culturiste rochelais) en ouvrant un cours de Judo dans la salle de culturisme, rue des gentilshommes. Il profite ainsi de la publicité de la salle Dumont, mais il prend très vite son autonomie et créait son propre club : Le Judo Club Rochelais.

        Il ouvre une salle à Rochefort où Jean Lechevrel, un de ses élèves (employé à la SNCF) assure un cours par semaine, lui l'autre.

        André Debard assure également les cours d'une section à la Base de Rochefort. Guy Thomas y est comme élève (élève doué). Ensuite il agit sur Saintes, sous l'impulsion d'un prof d'Allemand du Lycée.


        Il vient apporter ses conseils au début du Judo Club de Saintes, et un peu plus tard visite Royan où M. Bourget, policier avait une section aux pompiers.

        Il créait d'autres sections à Aulnay, Chatelaillon, Surgères, Tonnay Charente, relayé plus tard par Guy Thomas.

        Pour donner plus d'impulsion au Judo Poitou Charente, André Debard accepte de superviser Niort.

Actions fédérales :
        Rien au niveau du Département, mais un peu au niveau de la Ligue, par quelques actions pour l'intérêt du Judo mais pour une période seulement.
        Pour le CCN, avec Levannier, Belaud, Moreau, Pariset, Courtine et bien d'autres... et pour des actions pour un Judo meilleur.
        Il se déplace à Toulouse, chez Lasserre, pour un stage avec Ishiro Abe qui arrive du Japon. Pour beaucoup, dont Levannier, Belaud, Moreau, Debard, c'est la révélation d'un judo en mouvement, techniquement différent de la méthode Kawaishi. Tous refont leur judo qui n'est plus ni une méthode commerciale, ni la transmission de secrets résevés aux ceintures noires. Cela mène le groupe à une dissidence : la Fédération Kodokan se créait. André Debard préside le groupe régional Poitou Charentes et Guy Favre assure le secrétariat. C'est une période agitée. Cette dissidence est suivie par des négociations pour réunifier le Judo français. Une table ronde est convoquée à Paris avec toutes les délégations régionales. Cette concertation débouche sur des accords qui ne sont pas toujours ressentis favorablement mais qui aboutissent à la création de la FFJDA.

        André Debard arrête le Judo aux environs de 1956 avec cependant une petite reprise au moment ou son fils Frank pratique. A l'arrêt de ce dernier, André abandonne définitivement.

        André Debard a toujours cherché à s'améliorer et a fait venir de nombreux experts. Il a aussi organisé de nombreux stages techniques, rue Fleuriaud à La Rochelle.

        Une des dernières actions de André Debard se situe à Royan. Avec M. Bourget, pour le stage international de Royan, il y fait venir Maître Sato."

        Merci Guy, nous reparlerons de toi, de ton action. Nous n'oublions pas la perte ancienne de tes documents pour ton 3° dan. Nous avons les photocopies et nous allons demander à ton Président  de les faire valoir auprès des instances de notre fédération.


        Nous restons encore sous le charme de ton accueil, celui de ton épouse, et de ta belle propriété.

A suivre...
JMO.



Par Jm Oudine - Publié dans : Judo - Debard André
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Mercredi 12 avril 2006 3 12 /04 /Avr /2006 16:47
Jeudi 13 avril 2006

68- André DEBARD, dernier Samouraï.

En décembre 1999, André DEBARD nous quittait.

La dernière photo d'André DEBARD


       La vie de cet homme talentueux, souvent facétieux a été hors normes.  Sa fin a été conforme à sa vie...

        En effet, il a choisi lui-même de partir, évitant ainsi une dégradation inéluctable et beaucoup de souffrance. Pas seulement pour lui-même, mais aussi pour éviter de la lire dans le regard de ses proches qu'il aimait tant.

        Dernière esquive d'un judoka face à la maladie, il a terminé sa vie comme un guerrier samouraï.

        Il nous laisse l'image d'un homme discret mais extraordinaire, curieux de tout, plein de spontanéité, d'intelligence et de sensibilité, de beaucoup de volonté aussi. Très respectueux des autres, Il a su mener de front, sa passion pour le judo, pour la peinture artistique, la collection de tout objet ayant une âme, tout en entourant sa famille de beaucoup d'amour.

N'oublions pas son oeuvre, son action, son personnage. Gardons le vivant dans nos mémoires.

à suivre...
JMO
Par Jm Oudine - Publié dans : Judo - Debard André
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Mardi 4 avril 2006 2 04 /04 /Avr /2006 16:30
Mardi 4 avril 2006

67- Implantations au départ des clubs de Judo en Charente Maritime


        Au cours de la lecture des archives d'André DEBARD, nous mesurons mieux l'amplitude de son action et l'engagement qu'il a eu pour promouvoir le Judo en Charente Maritime. La carte ci-dessous nous donne une idée plus précise de son action. Il apportait son expérience, sa compétence technique et ses élèves. Il était en somme Maître d'Ecole d'application et assurait régulièrement le contrôle de ses élèves dans les différents clubs.




        Nous aurons l'occasion de revenir sur ses élèves-professeurs, mais déjà les plus illustres sont : Jean LECHEVREL - Jean VEDEAU - Henri MARTIN - Pierre TRIOU - Roger THEIL - Guy THOMAS - Guy FAVRE. Même si quelques-uns n'ont pas fait leurs "premiers pas" en Judo avec André DEBARD, ils lui apportaient la ferveur et le respect .

        Beaucoup d'autres ceintures noires, ont eu la même attitude déférente : Roger SARRAUD - Claude BOUCHET - Jacques TOURAIS - Georges PERRACHON - LEVALLOIS - Louis LUCOT - Georges L'HERMENAULT - Jacques RIVALLAND - René BLANCHARD - Jean BERTON -Jean Paul CASTETS - Jacques CHARIERAS - Rolland CHASSERIAUD - FALOURD - Jean Claude BOURDON - Jean Michel OUDINE... Certains d'entre eux  ont créé leur propre salle, mais ils n'en gardaient pas moins la reconnaissance que l'on peut avoir pour un Maître dont on respecte la personne et la valeur.

A suivre...
JMO

Tous droits réservés : "67- Implantations au départ des clubs de Judo en Charente Maritime"
Par Jm Oudine - Publié dans : Judo - Debard André
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Jeudi 30 mars 2006 4 30 /03 /Mars /2006 12:58
Jeudi 30 mars 2006

66- Jean Beaujean dans l'action

        André DEBARD est né dans le quartier latin, mais parmi ses mille et un rêves, il  a vécu celui du judo dans un monde judo bercé par le mythe japonais.

        Partir au Japon ! C’était effectivement le rêve de tous les judokas. Et certains n’ont pas hésité à « faire le pas » ! Un pas de 30 000 km.

        A ma connaissance, André n’est pas parti là-bas mais les articles collectés par lui et trouvés dans une de ses valises dans un grenier de sa maison, nous montrent combien ce rêve faisait parti de sa pensée. Les nombreux Maîtres qu'il a accueilli chez lui à La Rochelle (Kawaishi, Awazu, Ishiro Abé, Sato, Hayashi...) en ont été également le témoignage.

        Et ce pas qu'il n'a pas fait, un journaliste, Jacque GUYON, nous en entretient sur un des articles trouvés dans "la valise d'André"..

        Il nous parle de celui de Jean BEAUJEAN, un « aîné, un collègue et ami d’André ».
"En mai 1949, Jean n’a plus rien à apprendre en France. Jean veut connaître davantage et pense qu’il faut aller chercher les secrets du jiu-jitsu à sa source et il décide de partir pour le Japon.

        Il avait découvert, quelques années plus tôt, les secrets de la « self défense ». Conquis par le Judo, il devint rapidement ceinture verte, puis bleue, marron, puis ceinture noire 1° dan, et 2° dan…

        En 1943, il était finaliste du Championnat de France, et dès lors, Jean Beaujean devint une vedette du jiu-jitsu français. Il cumulait alors toutes les fonctions au sein de la Fédération : Directeur Technique du Collège de ceintures noires, conceiller à la propagande, Vice président de la Fédération, Professeur fédéral…"

        Et en 1949, il part au Japon. Là-bas, il est stupéfait de ce qu’il apprend. Dans un de ses courriers, voici ce qu’il nous dit :

        « Depuis que je suis arrivé ici, je suis étonné des maigres éléments que nous possédons en France sur cet art qu’est le Jiu-jitsu. Il faut être ici et côtoyer les maîtres japonais pour s’en faire une idée exacte. J’ai rencontré, en privé des judokas 2° dan, tout comme moi, et je dois avouer que jamais je n’ai pu les vaincre. Maintenant je commence à m’adapter, mes réflexes sont plus rapides et mon agilité est plus grande ». Puis plus loin : « Encore quelques mois, et je sens que je pourrai rentrer en France parfaitement au point et faire connaître à de plus jeunes que moi les mille et un secrets de ce sport complet et… si utile. »

        Car jean Beaujean n’a pas fait seulement ce voyage par plaisir ni même pour satisfaire une curiosité toute personnelle. Il tient, à son retour, à poursuivre son apostolat et à conduire vers le titre national, voir européen, d’autres jeunes judokas… Quant à lui, dans la coulisse, il continuera son entraînement et peut-être même tentera-t’il d’arracher le titre qu’il laissa en 1943 à Jean de Herdt."

        Et puis en 1950 c’est le retour et un autre article sur une coupure de journal dans la grande valise en carton d’André Debard,  annonce : « Le  judoka Jean Beaujean revient du Japon » - Il y est écrit :
        « Le prochain retour du Japon de M. Jean Beaujean est attendu comme un évènement par les judokas français. Actuellement, le « pape » du Judo en Occident est le professeur Kawaishi, qui, depuis 1936, a tout fait pour développer en France la pratique de ce sport.

        Après la libération, il séjourna pendant quelque temps à l’étranger et confia ses intérêts à son meilleur élève, M. Beaujean. A son retour les deux hommes se brouillèrent.

        Vendant alors tout ce qu’il possédait, M. Beaujean décida d’aller passer trois ans au Japon pour s’initier aux derniers perfectionnements des meilleurs judokas du monde. Il eut là-bas la preuve que le judo véritable, est quelque peu différent de celui qu’on enseigne dans les salles parisiennes : il découvrit aussi une échelle des valeurs différente de la nôtre, puisque le pays du Soleil Levant compte deux cent mille « ceintures noires », pour deux cents seulement en France, et des milliers de détendeurs du 7° dan (grade du Professeur Kawaishi). Il étudia les plus anciennes techniques japonaises, la langue japonaise, et rencontra chaque jour les plus célèbres judokas, tels Nagaoka, le plus anciens pratiquants, puisqu’il a 68 ans, et les champions Ishikawa, Kimura, Yoshimatsu. Il s’imposa un entraînement rigoureux, se mettant, par exemple à l’école d’Oda (9° dan), le meilleur spécialiste du combat au sol. Enfin Beaujean est le seul Français admis au Kodokan de Tokyo, sorte d’institut supérieur de Judo.

        Aujourd’hui, enrichi de toutes ses connaissances nouvelles, il annonce son retour en France, en qualité de délégué du Kodokan, et il ramène avec lui une collection de films qui permettront de mieux comprendre la technique des grands maîtres nippons. »

 

A suivre...
JMO.

66- Tous droits réservés : "66- Jean Beaujean dans l'action."
Par Jm Oudine - Publié dans : Judo - Debard André
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